Lettre ouverte à la SNBA

En 2000 j’avais été nommée ‘Sociétaire’ de la SNBA après avoir obtenu le Prix de la Presse Francophone. Honorée par cette distinction j’ai considéré ceci comme une reconnaissance de mon parcours artistique par mes aînés. Par la suite j’ai poursuivi ma vie d’artiste et ma participation au Salon annuel est devenue plus épisodique. Cette année 2012 j’ai décidé à nouveau d’y participer. HISTORIQUE - Envoi de mon dossier en temps et en heure pour l’inscription au salon de la SNBA 2012 au Carrousel du Louvre. - Message sur mon répondeur de la part de M.King (Président de la SNBA) demandant d’envoyer au plus vite une autre photo. - Je passe un coup de téléphone à M.King, pour en savoir un peu plus. Réponse : “Je ne peux rien vous dire, c’est le jury qui a décidé et il faut faire vite, le jury se réunissant à nouveau lundi prochain”. Impossible d’avoir plus de précisions. - En l’absence de critères je me trouve dans l’impossibilité de présenter un autre tableau. - Le lundi suivant, appel de Mme Dauphine de Valence, s’étonnant de ne pas avoir reçu de nouvelle photo pour le catalogue de l’exposition qu’elle est en train de préparer. Je renouvelle ma demande d’éclaircissements par rapport à cette situation. Elle refuse de me les donner en évoquant la décision du jury et l’impossibilité de rentrer en contact avec ses membres, même de connaître leur identité. - Réception du courrier : o photo haute définition pliée en deux. o un post-it (3x5cm) sans en-tête ni signature sur lequel est inscrit : “veuillez trouver ci-joint votre dossier que nous vous retournons suite au jury. Cordialement”. o trois chèques annulés. Aucun autre document ni lettre accompagnant cet envoi. - Plus aucune nouvelle par la suite. REFLEXIONS J’écris ces lignes alors que plusieurs semaines se sont écoulées après les faits cités ci-dessus. Je ne souhaitais pas une réaction ‘à chaud’. J’étais aussi très occupée par mon exposition à la Cathédrale de Reims. Les faits qui se sont déroulés me laissent surtout un goût d’amertume et de profonde tristesse. Je ne peux remettre en question la position d’un jury anonyme puisque : - Il n’y a pas eu de refus écrit ni oral - Il n’y a pas eu de signature - Il n’y a pas eu de décision - Il n’y a pas eu d’opinion J’en conclus que personne n’est responsable. D’où sort ce procédé d’un autre âge où l’on vous concède, comme à un écolier qui a présenté une ‘mauvaise copie’, une possibilité de rattrapage ? Ensuite, l’on vous traite en créature insignifiante, pour qui la sentence prise ‘en haut’ n’exige aucun éclaircissement. Aujourd’hui, je peux dire que je rentre dans l’âge mûr de ma vie d’artiste. Je ne crains rien de la part d’un décideur artistique, je n’appréhende pas les critiques ni les jugements. Je n’attends rien non plus d’une quelconque instance. Si ma peinture peut trouver une résonance chez l’Autre, si elle peut troubler, interroger, étonner, j’estime avoir gagné mon pain. L’univers artistique a toujours été difficile, conflictuel, parfois cruel, animé par les confrontations des individualités et des egos. Si je l’ai appris à travers l’Histoire de l’Art, je l‘ai surtout connu pendant ma jeunesse au sein d’une famille d’artistes-peintres, restaurateurs de fresques et de tableaux, où les réussites et les échecs se mélangeaient, où les sensibilités étaient toujours à vif, parce qu’elles touchaient l’être profond, où les confrontations étaient rudes, où les sentiments les plus contradictoires avaient leur place. Mais ce qui importait c’était la sensation de la présence de quelque chose de plus grand, qui nous dépasse, nous unit et nous permet de considérer l’Autre, de le remarquer et de lui donner la valeur de l’existence. Je n’aime pas quand une Société d’Artistes ressemble à un géant de la Téléphonie mobile : jamais un responsable au bout du fil, jamais une signature, vendeur anonyme se faisant agresser par l’utilisateur anonyme, l’un et l’autre se méprisant mutuellement. Qui est cet ‘autre’ dilué dans un système qui s’enroule sur lui-même et étouffe, y compris ceux qui l’ont créé ? - Pas de signature - Tais-toi et circule - Y a-t-il peut-être un service clients pour savoir au moins les noms des membres du jury ? Néanmoins j’aimerais savoir si ce mépris avait - Des raisons morales ? - Des raisons esthétiques ? - Des raisons philosophiques ? - Etait-ce peut-être ma fiche technique qui était défaillante ? - Etait-ce la couleur ? - Etait-ce la forme ? - Etait-ce mon savoir ? - Etait-ce le sujet ? - Etait-ce la composition ? - Ou peut-être le manque de créativité ? … même si, au fond de moi, je sais bien que la manière méprisante de considérer l’Autre n’a pas d’explication ni de justification. Les raisons se trouvent ou chez l’auteur anonyme de ces actes anonymes, ou dans un système qui a rendu l’âme. Comme l’auteur est inexistant il faut peut-être se poser quelques questions sur la structure rouillée et réagir en conséquence. En attendant… DECISIONS - Je décide de garder et protéger mon statut de Sociétaire de la SNBA, quelle que soit la décision future qu’un jury ou une quelconque commission puisse émettre. - Je décide de ne plus exposer dans le cadre de ce Salon. - Je décide de distribuer ce courrier au plus grand nombre de personnes intéressées. - Je décide de le médiatiser à travers mes contacts et auprès des milieux artistiques internationaux et en le publiant sur mon site web. - Je décide de faire tout ce qui est dans mes possibilités pour entamer une réflexion sur un système de manifestations artistiques qui a vécu son temps, qui s’est sclérosé et qui a grand besoin d’une refonte totale.